2019

Seconde Édition

Les oeuvres de 2018 se réinventent et 6 nouveaux artistes s’ajoutent à l’événement. Le territoire s’étoffe. 12 artistes, 12 îlots de création. Le public s’agrandit considérablement… Interzone fait son entrée officielle dans l’imaginaire de la ville.

Ce soir-là

Ce soir-là, comme trop souvent, il faisait froid au centre-ville de Shawinigan. Timidement éclairées par les enseignes commerciales d’entreprises spécialisées en technologies de l’information, deux amies marchaient d’un pas allègre. Cette urgence d’agir, de créer. Offrir à la ville une présence singulière, portant une signature actuelle. Comme toujours, bref. Elles sourirent et, en tournant dans cette ruelle-là, ressentirent un tendre calme. Regarder autrement un espace trash qui fait aussi partie de nos vies. S’émerveiller à même l’envers de l’ici — celui qui leur était si précieux. Dans la pénombre d’une époque inqualifiable. 

Elles arpentaient ladite ruelle pour la énième fois lorsque les murs se mirent à parler. La Culture est une bien fragile richesse — privée d’action, d’art contemporain, elle devient patrimoine. Ces murs tatoués de charmants graffitis. Ces textures urbaines originaires d’un temps où gamines et gamins jouaient encore en s’égosillant. Au sein de ces parois baroques faites de bois, brique, béton et métal, d’imparfaits rectangles chuchotent. Ces espaces placardés bavardent, tels des fantômes. Jadis portes ou fenêtres, il reste élémentaire d’en retracer l’origine. Un temps révolu, celui des industries lourdes et des miracles trop faciles. Cette architecture de salle d’exposition dont les tableaux avaient été retirés. Vivre l’événement comme un jeu de perception, un jeu de piste. 

Ici, tout change... et c’est tant mieux. 

Voici l’Interzone, voici le présent. 

Ces artistes sont d’ici ou d’autre part. Elles et ils tiennent farouchement à mettre en scène quelques-unes de ces beautés ignorées dont personne ne parle. Cette galerie d’art s’anime au gré des livraisons, des remplissages et vidages des bacs roulants ainsi qu’au va-et-vient des personnes qui la traversent. Certes, les lieux d’exposition donnent habituellement du prestige aux oeuvres. Ici, c’est l’inverse. Ces dernières sont investies de la même mission… mais envers la ruelle. À même un monde numérique où la surcharge d’information devient inélégante et où les courants majoritaires s’inscrivent telles d’inquiétantes procédures machiniques, osez prendre le pouls d’un parcours singulier — valsez au rythme de l’Interzone. 

Joseph Jean Rolland Dubé, 2019