2020

Troisième Édition

La pandémie de Covid-19 ravage une grande majorité des offres culturelles. Interzone persiste et signe. 7 ajouts sont effectués à la programmation, dont un artiste majeur: Jean-Jules Soucy. 18 artistes au total et une extension sur la 5e rue de la Pointe… une année charnière, touchante & chargée de sens.

S’ÉCHAPPER

En pleine crise pandémique, le quotidien Straits Times (Singapour) dévoilait les résultats d’un sondage sur les métiers considérés comme essentiels. Fiable ou pas, le sondage indique que les artistes font bonne figure à la première place du Top 5 non-essential jobs avec un taux de 71% ! Pourtant, ici comme ailleurs, de nombreux artistes et créateur-rices n’ont pas chômé durant l’hiver et le printemps covidiens proposant sur le Net des rendez-vous en direct ou des rediffusions / des œuvres plus ou moins spontanées ou, en tous les cas, inédites.

STOP OU ENCORE. La culture dans son sens le plus large, de High à Low (et inversement), a représenté un véritable bol d’air pour tout à chacun dans ce temps d’arrêt forcé avec son caractère quasi carcéral (à côté des chicanes de familles et de couples, des rénovations pour demeurer dans l’action et autres jardineries). Toutefois, le confinement subi peut être aussi considéré comme une pause et une pose propices face aux labeurs quotidiens / aux habitus (par exemple : jobs « forcés » dans lesquels on ne se réalise pas ou pire on est abusé, études non désirées ou « forçantes », couples en fin de parcours, remises en question diversiformes).

COUVRE-FEU. Stupéfait-e-s, nous l’avons été ici comme bien d’autres à la mi-mars alors que les gouvernants déclaraient la guerre à un ennemi invisible. L’air de rien, subjugué-e-s, nous le sommes encore aujourd’hui devant une « nouvelle vague » annoncée / devant l’attente de remède / devant l’apparition de nouveaux virus / devant la menace d’une contagiosité potentielle par son prochain. Chacun-e réagit à sa façon au climat anxiogène, se protège dans la peur du lendemain ou s’épargne délibéremment des gestes barrières.

LA FIN DU MONDE ? Nombre d’aîné-e-s perclu-se-s sont perdu-e-s. La crise pandémique est sans fin : elle nous laisse pantois, en suspens ; inconfortable comme posture. Le « monde d’avant » nous promettait : crise climatique, déplacements de population majeurs, effondrement civilisationnel et tutti quanti. Désormais, on nous promet la crise-des-crises économique et sociale. Bien la première fois qu’une « promesse » des politiques sera tenue. Certains rêvaient d’un « monde d’après » plus juste, plus humain. L’incertitude prime : fin d’un monde ou reprise de « l’ancien monde » ?

ESPACES DE VIE. Interzone 2020 en est à sa troisième édition. De par sa mission, l’événement est une réponse, certes partielle, à la crise / aux crises. Interzone offre de regarder le monde autrement pendant la durée de l’été. Plus que jamais, l’événement survient alors que la question se pose de comment on nous surveille / comment on se rassemble / comment se rapprocher ou pas d’autrui / comment on s’aime. Entre rues et ruelles, le dédale d’Interzone 2020 permet au moins de s’entrecroiser / de garder ses distances règlementaires tout en ouvrant des points de vue vers des horizons autres que ceux, plats, de nos multiples écrans numériques. Retour à un certain réel : le plancher des vaches.

PLEINARISME. On pourrait renommer Interzone par Alterzone dans sa façon de proposer – pour un temps donné – une alternative généreuse, un projet collectif parallèle à la marche du monde. Poussons l’argument écolo. : Interzone est un événement local, au circuit court, sans dépense d’énergie fossile. On marche, on circule, on revient sur nos pas, on a le droit de vagabonder dans toutes ces allées dignes d’un musée imaginaire à ciel ouvert.

ERRER. Ce que propose Interzone ? de l’air libre et une entrée libre. Sans prétendre au réenchantement du paysage urbain, l’événement en art actuel invite à découvrir les pratiques d’artistes professionnel-le-s et amateur-e-s, d’artistes étudiant-e-s, d’artistes Outsiders. Leur mandat ? investir les rues et ruelles mésestimées du centre-ville de Shawinigan.

TRÉSORS DEHORS. Les cimaises des œuvres des artistes ? celles des espaces laissés-pour-compte, dans une dynamique du Site Specific. Portes condamnées, fenêtres bouchées, vitrines de commerces en activité ou à louer : tous les supports en deux dimensions sont prétextes à inspiration et à appropriation. Les artistes redéfinissent ainsi des espaces vitaux, ceux sur lesquels on ne porte généralement pas attention dans nos déplacements de tous les jours.

À QUOI BON ? pour profiter d’un moment de répit salvateur, de suspension éphémère : du 17 juillet au 30 septembre. À défaut de rêver, savourer une trêve pour reprendre son souffle.

SANS FRONTIÈRES. Les artistes ne sont pas décorateurs ou décoratrices. Face aux mesures restrictives recommandées ou imposées par les gouvernements, ils partagent la démesure de leurs imaginaires : fantaisie, esprit de liberté, expérimentations esthétiques et sans doute quelques messages poétiques / revendicatifs.

ESPOIR. Un exemple ? l’artiste Jean-Jules Soucy (La Baie, Ville de Saguenay) émet un « Fou rire confiné » sur la 5e rue de la Pointe avec des interventions sur les vitrines de trois commerces contigus. Jouant sur l’inté-rieur et l’exté-rieur, celui-ci nous annonce qu’il y a toujours un (bon) revers de la médaille.

Emmanuel Galland, 2020